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19 mars 2013

Béatrice Toulon : "Une bonne charte éditoriale est celle qui permet au journaliste de savoir si un sujet est pour lui ou pas."

phosphore

Béatrice Toulon, a travaillé pour l'Agence France Presse, avant d'être correspondante de presse en Espagne, principalement
pour Libération. Elle a été reporter, et chef de service Europe au service international de La Croix, durant une dizaine d'années. Elle a couvert des conflits dont la guerre d'ex-Yougoslavie. Elle a dirigé les magazines Phosphore et Studio. Cette ancienne rédactrice en chef témoigne : la charte éditoriale est indispensable pour garantir la qualité et l'intégrité de l'information.

D'après votre expérience, comment font les magazines pour garantir une qualité d'information pérenne dans le temps ?

"J'ai travaillé pour des familles de presse différentes et les questions ne se posent pas de la même manière partout. Bien sûr, il y a des questions qui valent partout comme : inventer ou pas des citations si on n'en trouve pas. Je l'ai largement vu pratiquer. S'ajoute désormais le phénomène de la baisse des ventes qui touche tous les secteurs (pour des tas de raisons qui vont de l'irruption du web à l'inadaptation des points de vente) et qui met la pression sur le besoin de vendre. A mon avis, ça a expliqué que dans la presse féminine on ait poussé des sujets sexe comme les sextoys par exemple, en exagérant leur supposé succès public.

Dans les féminins, la seule vraie question est celle du rapport à la pub. Mais ces magazines en sont arrivés à un point où les dérives ne sont plus rattrapables, je pense. Le poids des marques est trop lourd. Les sites féminins ne sont que des supports de marques. De toute façon, s'ils ne font pas ce que les marques demandent, celles-ci se tournent vers les blogueuses qui n'ont que peu idée de ce qu'est la déontologie. L'une d'entre elle ne confiait récemment que sa règle de conduite, sa "déontologie"  était de n'écrire que sur des sujets  où elle était invitée à voir sur place. Et de me raconter qu'une marque de champagne l'avait invitée à une soirée et l'avait tellement bien reçue qu'elle avait fait un post très enthousiaste... sans la moindre conscience de la manipulation !

Dans les newsmagazines on voit les dérives people voire trash. Les directions de groupe font pression sur les directions de rédaction qui font pression sur les équipes. C'est là qu'avoir de documents solides, remis à jour, sur la ligne éditoriale permet de garder le cap, voire de l'opposer aux pressions. Les échanges oraux sont difficiles. En ces temps de chômage massif dans la profession, rappeler la règle déontologique à son supérieur hiérarchique peut relever du suicide...

Qu'est-ce qu'une bonne charte éditoriale selon-vous ? Est-ce utile ?
Utile, indispensable ! Sauf si on la laisse dormir dans un tiroir. Personnellement, je considère que si on dirige un titre, on doit avoir un document définissant le concept, la ligne éditoriale, une charte éditoriale (complétée par  un contrat de lecture) et même une charte publicitaire.

Une année, j'ai été nommée rédactrice en chef adjointe d'un magazine qui hébergeait pas mal de pubs mais ne faisait pas beaucoup le tri. Certaines pubs étaient de la pure arnaque, en opposition aux valeurs du magazine. J'ai décidé de rédiger une charte publicitaire. J'ai établi des critères d'acceptation des pubs et d'autres choses comme les modalités des publi-reportages. Mon patron m'a félicitée pour la qualité de ce travail et... l'a  enfermé dans son bureau ! Je ne suis pas restée longtemps...

Bref, on a besoin de savoir pourquoi notre titre existe, à qui il s'adresse, quel type d'information il transmet, quels messages il veut faire passer, quel niveau de langage il adopte (quel type de relations de connivence avec les lecteurs), son positionnement esthétique, son rapport à l'image, à l'intimité,  son regard sur la vie même  et de l'époque (le message subliminal doit-il être que "c'est foutu" ou que "rien n'est jamais foutu" ?), est-on un media essentiellement de témoignage ou d'analyse ?

Une bonne charte éditoriale est celle qui permet au journaliste de savoir si un sujet est pour lui ou pas. Quand il aborde un sujet, il sait non pas ce qu'il doit en dire, mais quel type de questionnement il ne doit pas oublier de faire.

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Merci à vous, Béatrice !

 


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