Plume Interactive : écriture web et ergonomie éditoriale par Eve Demange

Ecriture web, ergonomie éditoriale, optimisation de contenu éditorial web, rédaction référencement, management de projet éditorial Internet

20 janvier 2009

Eric Scherer : "Est-ce que les journalistes restent utiles aujourd’hui pour comprendre le monde ?"

Eric_Scherer

Le Directeur Stratégie et Relations extérieures de l’AFP, auteur de la passionnante étude AFP-Media-Watch "The Perfect Storm" parle de l’avenir de la presse en ligne. Lui qui a dirigé les bureaux de l’AFP en Amérique du Nord connaît bien le marché américain des médias, en avance sur l’Europe.

Les journalistes utilisent Internet en priorité pour leur collecte d’information comme le montre la dernière étude de Jakob Nielsen "Press Area Usability". Mais en France, la plupart ne mesure pas encore l’impact de la révolution numérique sur la profession, n’est-ce pas ?

Il existe un retard certain en France en ce qui concerne la prise de conscience de la révolution numérique par l’écosystème du journalisme. J’ai pu m’en rendre compte aux Etats généraux de la presse. J’intervenais dans le pôle Internet pour sensibiliser la profession sur l’ampleur des changements dans notre secteur liée à l’arrivée d’Internet.

J’ai constaté que les participants étaient surpris, étonnés. Ils ne se rendaient pas compte du phénomène de fond qui se produit en ce moment même dans les médias. Je parle des journalistes, mais aussi de l’encadrement, des patrons de presse. Quant aux rédacteurs en chef, ils sont tellement concentrés sur l’actualité qu‘ils n’ont pas le temps de prendre du recul.

La presse européenne, les italiens, les allemands, ne sont pas beaucoup plus avancés. Les américains s’avèrent plus en avance sur cette prise de conscience. Mais c’est parce qu’ils constatent déjà la faillite de l’équation économique traditionnelle, la chute de la diffusion, la migration de la publicité. Comme c’est le cas souvent, les vagues traversent l’Atlantique avec 18 mois de retard.

Et les US, ont-ils trouvé une équation économique satisfaisante ?
Non. Les journaux migrent sur Internet mais personne n’a encore trouvé le bon modèle économique. Par exemple, si le New York Times arrêtait le papier et se concentrait sur Internet, il ne pourrait faire vivre que 20% de sa rédaction. Ce qui signifie une dégradation de la qualité de l’information et du contenu de 80%.

Et les exemples de sites comme Aufeminin, Doctissimo ?
Ces modèles, que je ne connais pas très bien pour être honnête, sont de pures players. Ils n’ont pas l’héritage du passé. Ils innovent et conçoivent des modèles économiques nouveaux. Quand Ford a réussi dans la voiture, il n’était pas fabricant de diligences. Il était fabricant de voitures et il a donc réinventé un tout nouveau modèle. C’est la force des nouvelles générations.

Est-ce qu'il n'y a pas un trop grand gap de génération justement, de perception, de manière de penser ?
Oui, il existe un gap de génération, c’est incontestable. Les « vieux » journalistes comme moi doivent s’adapter à la nouveauté, sinon d’autres prendront la place des médias que nous connaissons actuellement.

Quelle est, d'après votre analyse, la nouvelle mission des journalistes à l'ère d'Internet ?
La fonction des journalistes reste identique sur de nombreux points :
- La collecte des infos, fondamentale, même si elle arrive désormais de partout et pas seulement des journalistes. Tout le monde peut filmer un événement avec son téléphone portable.
- la vérification et la mise en perspective de l’actualité
- l’analyse, même si les experts concurrencent de plus en plus les journalistes dans ce domaine
- l’organisation des conversations
- l’accompagnement, le filtre éditorial qui permet de pointer les informations essentielles, l’agenda des évènements importants de la journée. Le web ne le propose pas encore.
- par contre, le journalisme d’investigation va devenir de plus en plus difficile à financer

Mais les journalistes doivent continuer à jouer leur rôle de chien de garde de la démocratie.

Quelles sont les meilleures réussites à suivre en terme de media d'information/journal en ligne ?
Le NYTimes propose indéniablement un modèle de qualité, particulièrement exemplaire en ce qui concerne certaines pratiques comme l’écriture infographique. Le site couvre l’actualité et raconte les faits à l’aide de graphiques parfaitement clairs.

Il existe un retour en ce moment à ce que vous appelez "l’éditorialisation" de l’information. Les meilleurs exemples se trouvent du côté de sites comme the Beast http://www.thedailybeast.com/ et Huffingon Post http://www.huffingtonpost.com/  Ce magazine de blogs créé il y a 3 ans par Ariane Huffington, une candidate du parti démocrate, occupe désormais la première place des sites de news US.

Que pensez-vous de la vidéo et des résultats de l’Etude Eyetrack07 qui montrait que l’utilisation de la vidéo sur les sites de news s’avérait décevante ?
La vidéo permet indéniablement d’augmenter le temps passé sur un site. Je crois qu’il y en aura de plus en plus. Youtube est passé du statut de vidéo futile à celui de vraie porte d’entrée sur le web. On voit de plus en plus de vidéos sérieuses, intéressantes.  Après, il est vrai que les vidéos peuvent être intrusives dans la lecture. Tout dépend de l’attention, comment est gérée l’attention des lecteurs sur Internet.

Et le modèle de Seesmic ?
C’est intéressant. A suivre. Loïc Le Meur a beaucoup de monde mais pour l’instant, il n’a pas encore trouvé le bon modèle économique.

Comment voyez-vous l'avenir de la presse en France ?
Tout dépend si l’on pourra se réinventer, continuer à proposer une médiation entre le public et la réalité. Est-ce que les journalistes restent utiles aujourd’hui pour comprendre le monde ?
Ce qui est certain c’est que l’AFP va continuer à garantir un vrai label de rigueur, vérifier les faits, poser des balises sur l’océan des informations.

Lire aussi
Quel avenir pour la presse en ligne
Mais que font les journalistes ?

Posté par evedemange à 17:23 - Interview d'expert - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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04 décembre 2008

Jean-Marc Hardy : « Prenez un professionnel de l’éditorial pour gérer votre contenu !»

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Quels conseils donneriez-vous aux responsables de sites Internet concernant la gestion de leur contenu ? Réponse de Jean-Marc Hardy, consultant web pour les sites du Parlement Européen et de l'Unesco.

1- Mon premier conseil s’adresserait aux dirigeants : prenez un professionnel de l’éditorial pour gérer votre contenu ! Souvent les sites sont administrés par des webmasters techniques qui coordonnent différents aspects. Désigner un responsable avec un profil éditorial pour s’occuper du contenu du site, c’est un énorme point positif.

2- Cette personne doit posséder une culture mixte. Elle doit être à la fois un bon journaliste et connaître les spécificités du média Internet. Prendre un excellent journaliste ne garantit pas le succès d’un site. Parfois le résultat sera très mauvais. Sur Internet, il ne suffit pas de bien écrire, il faut également prendre en compte le format, l’architecture de l’information.

Prendre un webmaster trop technique ne suffit pas non plus, car il ne sera pas sensible aux problématiques de qualité du contenu éditorial. Il faut choisir un bon polyvalent, une personne sensible aux différents aspects.

Lire aussi, toutes les interviews de Jean-Marc Hardy

« Les équipes restent encore mal outillées pour gérer leur contenu »
« Il faut amener la culture de la sélectivité éditoriale »
« La mesure du trafic n’est pas encore développée au niveau de l’éditorial »
« Derrière ergonomie éditoriale, il y a expérience utilisateur »

Posté par evedemange à 09:29 - Interview d'expert - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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29 octobre 2008

Jean-Marc Hardy : « L’éditorial a pris une place centrale dans le référencement »

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Le fameux auteur de redaction.be, évoque aujourd'hui le lancement de ce premier projet dédié à l'écrit web en 2001 et l'évolution du traitement du contenu éditorial Internet depuis ces temps reculés du WWW :-)

Quand as-tu lancé le site redaction.be ?

J’ai commencé à travailler avec le multimédia en 96. Je travaillais alors sur des projets de CDrom. En 1998, je suis entré dans une agence de communication et j’ai pris le train de l’Internet. En 2001, avec une grande motivation, j’ai développé un dossier complet sur l’écriture web pour structurer mes propres idées. Ce projet s’est fait sur demande de l’agence pour laquelle je travaillais et nous l’avons mis en ligne à l’adresse www.redaction.be

Le succès a été immédiat et m’a surpris moi-même. J’ai eu des réactions de partout, beaucoup venaient du Québec où ils étaient plus en avance que nous, en Europe. Le monde universitaire a référencé très vite le dossier. C’était très encourageant. Cette expérience a constitué un véritable tremplin pour lancer ma propre activité, à travers le site 60questions.net.

Comment as-tu vu évoluer le traitement de l’éditorial sur les sites depuis tes débuts ?

Dans la première phase d’évolution du média, les responsables et les concepteurs de sites Internet faisaient beaucoup plus attention aux aspects graphiques et techniques qu’à la qualité du contenu éditorial.

Aujourd’hui, nous avons dépassé ce stade. Les responsables de sites et les institutions ont conscience des services que l’on peut rendre grâce à un contenu éditorial de qualité.

L’éditorial a pris également une place centrale au niveau du référencement. Même les gens qui sont peu sensibles au contenu se sentent concernés par les questions de visibilité. J’observe une réelle prise de conscience des entreprises même si elle reste encore souvent trop théorique.

Lire aussi, extraits du même interview de Jean-Marc Hardy
« Les équipes restent encore mal outillées pour gérer leur contenu »
« Il faut amener la culture de la sélectivité éditoriale »
« La mesure du trafic n’est pas encore développée au niveau de l’éditorial »
« Derrière ergonomie éditoriale, il y a expérience utilisateur »

20 octobre 2008

Olivier Andrieu : 80% du trafic moteurs vient de requêtes issues du contenu éditorial des pages

Aujourd'hui, Olivier Andrieu, auteur de la bible "Réussir son référencement web" nous parle de l'étroite relation entre optimisation du contenu éditorial et travail de référencement.

Selon votre livre, la qualité du contenu éditorial est essentielle dans la démarche d'amélioration du référencement, pourquoi ?

Lorsque l'on regarde le trafic moyen renvoyé par les moteurs de recherche sur un site web, on s'aperçoit qu'il obéit à une règle de "Longue Traîne", à savoir que 20% du trafic généré est représenté par peu de mots (parfois une dizaine seulement), qui concernent la marque et certains mots clés qui caractérisent l'activité, le métier. Mais 80% du trafic que renvoient les moteurs est caractérisé par des requêtes issues du contenu éditorial des pages, chaque requête ne générant que quelques visites mensuelles.

Pour être plus clair, je vais prendre un exemple : sur mon site (www.abondance.com), 20% du trafic "moteur" est généré par 10 requêtes ("abondance", "moteur de recherche", "référencement", "robots.txt", etc.) et 80% par près de 30 000 requêtes différentes, chacune générant entre 1 et 10 visites par mois. Avoir un contenu riche "nourrit" cette longue traîne et permet d'accroître ainsi son trafic...

Quels problèmes liés à la mauvaise qualité du contenu éditorial constatez-vous le plus souvent dans votre démarche SEO ?

L'absence de cette partie dite de "queue de longue traîne" et donc un trafic "moteur" uniquement représenté par les 20% de la marque et de quelques mots clés métiers (c'est d'ailleurs ainsi que l'on a fait du référencement pendant plusieurs années). C'est dommage car on passe à côté de l'essentiel... Notez bien que le fait d'avoir un bon contenu ne suffit pas. Il faut penser son site pour qu'il soit réactif aux critères de pertinence des moteurs de recherche afin de donner une bonne visibilité à ce contenu.

Pensez-vous que les clients sont prêts aujourd'hui à investir dans l'éditorial pour améliorer leur positionnement dans Google ?

C'est ce que je vois aujourd'hui, notamment auprès des sites qui ont une expérience dans le référencement. Ils s'aperçoivent vite que la qualité du contenu est essentielle aujourd'hui. Comme je le dis souvent, "Content is king, optimized content is emperor" :-)

Selon vous, un bon référenceur doit-il maîtriser également la partie éditoriale ?

Et un bon rédacteur doit-il maitriser le référencement ? Je pense que les deux visions sont justes et les deux métiers deviennent indissociables. Ensuite, il peut y avoir des spécificités dans un métier comme dans l'autre. Mais le rapprochement est inévitable aujourd'hui...

Dans l'idéal, comment voyez-vous la collaboration entre les métiers de la SEO et les départements éditoriaux des entreprises et/ou les métiers de l'éditorial ?

Le référencement et la visibilité sur les moteurs font en sorte que de nombreux départements sont touchés et concernés dans l'entreprise : Informatique, Internet, Communication, Marketing, Commercial, Editorial, etc. Ce sont les sites web qui auront le mieux intégré les arbitrages et les contraintes de chacun de ces départements, qui ont parfois des attentes différentes voire antagonistes, qui réussiront. Cela passe par une écoute, une compréhension de l'autre et de nécessaires et obligatoires concessions.

Merci d'avoir répondu à ces questions :-)

Lire aussi
8 conseils rédaction pour le référencement

16 octobre 2008

Jean-Marc Hardy : « les équipes restent encore mal outillées pour gérer leur contenu »

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Jean-Marc Hardy, l’auteur du premier site francophone dédié à l’écrit web et du livre Réussir son site web en 60 fiches nous parle des outils de gestion du contenu éditorial, essentiels pour maintenir un contenu de qualité.


Comment bien gérer son contenu éditorial aujourd’hui ?

En pratique, les équipes restent souvent mal outillées pour gérer leur contenu. Les CMS (Content management system, outil de gestion de contenu) s’avèrent souvent de grosses usines à gaz par rapport aux besoins réels. Or ce n’est pas toujours indispensable. Les outils simples sont souvent largement performants. Mais les entreprises préfèrent employer les gros moyens pour se rassurer.

Quel outil de gestion de contenu choisir ?
Le marché des CMS évolue à une vitesse impressionnante. Quand on regarde l’historique de l’évolution du palmarès des CMS durant ces dernières années, on se rend compte qu’il n’y a pas de réelle stabilité. C’est un marché qui évolue sans cesse. L’essor des blogs par exemple, les premiers outils de gestion de contenu vraiment simples, a bousculé ce marché.

Lorsqu’un responsable de site choisit un CMS, il veut trouver une solution pérenne. Or l’année d’après, il existe déjà d’autres outils. On observe là une situation paradoxale. Heureusement, je vois enfin apparaître des outils simples et vraiment encourageants.

Justement, peux-tu nous donner le nom d’un CMS simple, pratique et efficace ?
JIMDO est un outil particulièrement génial et quasiment gratuit. Ce CMS ne convient pas pour une grosse entreprise mais pour des petits projets, comme le site d’un hôtel ou d’une association, il s’avère vraiment excellent.

Qu’est-ce qui est le plus compliqué dans la mise en place d’un outil de gestion de contenu ?
La dimension du workflow éditorial et l’aspect psychologique de la gestion du contenu. Souvent, il faut gérer la concurrence entre les départements Informatique, Communication et Marketing. Si les équipes collaborent cela peut donner un projet très puissant mais lorsqu’elles ne s’entendent pas, cette concurrence peut être un frein terrible à la réalisation des projets.

La direction générale joue un rôle fondamental dans l’organisation de la collaboration entre les différents départements. Or, souvent le top management a une connaissance limitée du média Internet car les directeurs confient tout à leur assistante. Internet progressera vraiment le jour où les gens qui vont accéder à des postes clés connaîtront ce média. De mon point de vue, il reste un réel effort pédagogique à fournir vis à vis des hauts responsables.

Ceci dit, plus une entreprise est précoce dans la mise en place de ces outils et plus cela lui donne de l’avance par rapport aux autres. Lorsque l’on regarde le palmarès mondial des meilleurs Intranet publié par Jakob Nielsen, on se rend compte que les plus performants sont ceux qui ont commencé le plus tôt.

Lire aussi

J-M Hardy :« Il faut amener la culture de la sélectivité éditoriale »
J-M Hardy :« La mesure du trafic n’est pas encore développée au niveau de l’éditorial »
J-M Hardy :« Derrière ergonomie éditoriale, il y a expérience utilisateur »



01 octobre 2008

Jean-Marc Hardy : « Il faut amener la culture de la sélectivité éditoriale »

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Consultant indépendant, auteur du fameux site redaction.be, Jean-Marc Hardy travaille pour des sites comme celui de la Commission européenne, de l’Unesco ou encore du Parlement européen. Il nous livre ici son expérience des deux principales erreurs à éviter dans le traitement du contenu éditorial web.

Quelles sont les deux erreurs les plus fréquentes que tu rencontres aujourd’hui lors de tes missions ?

1- La pauvreté des pages d’accueil secondaires : je constate un besoin croissant de maquettes spécifiques pour les pages de 2nd niveau. Une des erreurs actuelles, c’est le côté trop binaire entre une page d’accueil très riche et le reste du site. Lorsque l’internaute clique vers une catégorie, il se retrouve sur une page thématique très aride, très pauvre avec une nette perte de qualité.

Or ces pages d’accueil secondaires sont très importantes car elles permettent de dégraisser la page d’accueil principale. Souvent les pages d’accueil sont trop chargées. On a bien compris qu’il fallait faire remonter l’info sur la page d’accueil mais on a exagéré dans ce sens.

2- La masse de contenu trop volumineuse : souvent le contenu s’entasse. Il y en a beaucoup trop. Il faut amener la culture de la «sélectivité éditoriale » et se restreindre à un contenu de qualité. Lorsque l’on publie un article, il se rajoute à la masse de contenu et finit par noyer le reste.

Le symptôme le plus concret de ce problème est le suivant : quand on demande à la direction d’une entreprise combien ils ont de pages web ou même de sites web, ils ne savent pas répondre car ils ont beaucoup de filiales, de produits différents. Souvent, le premier travail consiste à faire l’inventaire de la galaxie Internet d’une entreprise.

Lire aussi Jean-Marc Hardy : « Derrière ergonomie éditoriale, il y a expérience utilisateur »

 

23 septembre 2008

Pascal Maupas : "Grâce aux moteurs, les éditeurs de site s’intéressent enfin à l’information "

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Interview avec Pascal Maupas, fondateur et directeur de la société Hypertexte, principale société française spécialisée en conseil et formation en écriture web. Hypertexte existe depuis 2003. La totalité de ses consultants cumule expertise éditoriale Internet et rigueur héritée d’un solide passé de journaliste.

Quelles sont les erreurs que vous rencontrez le plus souvent lors de vos missions ?

Les deux erreurs les plus fréquentes concernent la politique éditoriale et le traitement des sujets.

1- En ce qui concerne la politique éditoriale, j’ai constaté que les clients avaient du mal à sortir d’une information à sens unique. Ils pensent une structure de contenu descendant, c’est-à-dire pour simplifier : « Moi, propriétaire du site, je te parle à toi, petit internaute ». Or les internautes ont envie d’être écoutés, de participer. Aujourd’hui, ils sont impitoyables devant cet état d’esprit à sens unique.

Dans une structure de contenu ascendant au contraire, le contenu du site tient compte de leurs remarques, de leurs critiques.

2- Je remarque réellement un manque de variété et d’imagination en ce qui concerne le traitement des sujets. Par exemple pour couvrir l’assemblée des actionnaires, vaut-il mieux opter pour un compte rendu monolithique ou bien pour un découpage de l’information avec un bref compte rendu, un top 5 des questions posées par la salle, une citation en exergue…  ?

Le choix du découpage stimule la lecture et donne du plaisir aux gens, comme le prouve l’étude américaine du Poynter institute 2007. Ces «micro-contenus » sont souvent absents des sites, et c’est dommage.

Pouvez-vous donner un exemple concret d’amélioration apportée pas une de vos interventions sur l’éditorial d’un site ?

Malheureusement, je n’ai pas de chiffres d’audience avant et après nos interventions. Ces statistiques sont considérées comme hautement confidentielles par les sites et ils ne les communiquent pas. C’est dommage, ce serait très intéressant d’avoir ces résultats. Les seules données que je possède sont les maquettes des pages d’accueil avant et après nos interventions comme ce que nous venons de faire pour les toutes nouvelles lettres quotidiennes d’information métier des Editions législatives.

Nous savons que le travail sur l’éditorial peut avoir un impact considérable sur l’audience. Lors d’une table ronde du Benchmark Group par exemple, un responsable de la banque belge Fortis avait révélé que l’amélioration des intitulés d’auto-promo avait multiplié le taux de clics par 4.

Vous avez une grande expérience de la presse écrite, quelle expertise apporte le journalisme dans la conception du contenu éditorial en ligne ?

Le journalisme apporte un savoir-faire pointu dans de nombreux domaines :
- affinité très importante avec l’information
- maîtrise d’une écriture « de communication » (et non littéraire à la Proust ;-)
- traitement de l’éditorial : la brève, le reportage, le portrait, les encadrés, etc.
- créativité dans le traitement de l’information : quel format choisir pour quel type de message  et à quel niveau de l’arborescence utiliser ce format.

Tout notre savoir-faire repose sur le socle du journalisme. Notre méthode repose sur 3 points essentiels :
1- Les règles de base du journalisme adaptées au web
2- L’écriture multimédia, interactive, et l’arborescence : ce n’est pas vous qui décidez de l’endroit où l’internaute va venir, mais l’internaute lui-même.
3- La démarche qualité que j’ai baptisé ISO 9001 éditorial : une procédure de charte éditoriale et de formalisation des processus et contenus éditoriaux que nous mettons en place systématiquement.

Est-ce que les entreprises sont conscientes aujourd’hui des enjeux représentés par la qualité du contenu éditorial ?

Les entreprises commencent à s’intéresser à la qualité du contenu éditorial, notamment grâce aux problématiques de référencement et de mots-clefs sur les moteurs de recherche.

Récemment par exemple, nous avons eu une demande de refonte complète du contenu éditorial d’un gros site car les textes ne contenaient pas les mots-clefs qu’ils avaient choisis pour leur politique de référencement naturel et payant. Grâce aux moteurs, les éditeurs de site s’intéressent enfin à l’information de leur site et pas uniquement au marketing !

Merci d'avoir répondu à ces questions

Lire aussi : Gerry McGovern : "Le web est un endroit où l'on agit et un excellent contenu facilite l'action"

18 août 2008

Gerry McGovern : "Le web est un endroit où l'on agit et un excellent contenu facilite l'action"

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Interview exclusive de Gerry McGovern, LE spécialiste du contenu web. Original version

Le génial auteur de "Killer web content : make the sale, deliver the service, build the brand", a été décrit par The Irish Times comme "l'un des cinq visionnaires qui ont eu un impact majeur sur le developpement du web" (Les quatre autres étaient Tim O'Reilly, Vint Cerf, Tim Berners-Lee, et Nicholas Negroponte !)
Il a développé plusieurs idées comme les "carewords" (les mots importants pour les clients), la théorie du "long neck" et plus récemment la "task measurement", mesurer le succès dans la réalisation d'une tâche sur un site web. 

1- Comment un spécialiste des mots comme vous est passé de l'idée de "carewords" à celle de "task measurement" ? (ie. Pourquoi selon vous un site web doit se concentrer sur les tâches pour réussir ?)

J'ai réalisé que le contenu n'était pas devenu un élément productif en soi. Le contenu sur le web mène l'action parce que les gens viennent sur les sites Internet pour faire des choses. Ils ne cherchent pas simplement de vagues informations. Ils cherchent des informations pour résoudre un problème. Le web est un endroit où l'on agit et un excellent contenu facilite l'action.

2- Ici en France, de nombreux responsables de sites web ont encore du mal à considérer la qualité du contenu éditorial comme un atout majeur de succès. Comment les convaincre ?

Je pense que la seule façon de convaincre ces managers est de tester. Montrez-leur ce que fait la page A avec du contenu médiocre et ensuite, montrez-leur comment cette même page réussit avec du "killer" contenu. Entrer dans des querelles ou des discussions est une perte de temps. Vous devez montrer les faits. Le "killer" contenu délivre une grande valeur mais vous devez prouver que ces résultats sont effectivement atteints.

3- Pouvez-vous donner des exemples d'excellents sites web en terme de contenu éditorial ?

C'est un peu difficile d'arriver avec des exemples, dans le sens où le succès d'un site peut seulement être mesuré lorsqu'on l'utilise pour faire quelquechose. Un site web que j'ai utilisé récemment était eLance www.elance.com Très clair et simple, facile à comprendre. J'ai trouvé qu'il avait une très bonne page d'accueil. Et il y a aussi un très bon site web que j'utilise pour réserver mes vols d'avion : Kayak www.kayak.com Mais les sites web que j'aime sont ceux que tout le monde aime (Google, Amazon, etc.) Ils sont vraiment centrés sur le client.

Thank you for answering these questions :-) 

15 juillet 2008

Gerry McGovern : "The Web is a doing place and great content facilitates a task."

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Interview with Gerry McGovern, THE web content specialist.
French traduction

The great author of "Killer web content : make the sale, deliver the service, build the brand" was described by The Irish Times as one of five visionaries who had had a major impact on the development of the Web. (The other four were Tim O'Reilly, Vint Cerf, Tim Berners-Lee, and Nicholas Negroponte.)
He developped the idea of carewords (important words for customers), the interesting "long neck" theory and more recently the task performance measurement. 

1- How a words' specialist like you went from "carewords" to "task measurement" ? (ie. Why in your opinion a website should focus on task to succeed on the web. What recent discoveries did you make that drove you to those conclusions ?)

I realized that content had no become a productive asset. Content on the web drives action because people come to websites to do things. They're not just looking for vague information. They're looking for information to solve a problem. The Web is a doing place and great content facilitates a task.

2- Here in France, many websites directors still don't consider editorial content as a major issue. According to your experience, what would be the best way to convince them ?

I think the only way to convince such managers is to test. Show them how Page A performs with the filler content and then show them how it performs with the killer content. Getting into arguments or discussions with them is a waste of time. You must show the data. Killer content delivers great results but you must prove these results are achieved.

3- Can you give examples of excellent websites in terms of editorial content ?

It's hard to come up with examples in that a website can only be measured when you actually need to use it for something. A website that I used recently was eLance www.elance.com It was very clear and simple what it was about. I think it has a great homepage. And there's a great website I use when booking flights called Kayak www.kayak.com But the websites I like are the websites everybody likes (Google, Amazon, etc.). They're really focused on the customer. 

Thank you for answering these questions :-)

10 juillet 2008

Jean-François Marti : "un contenu adapté au scan"

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Interview avec le directeur de l'agence Nealite, experte en ergonomie. 
Sa plus géniale spécialité ? Le test utilisateur. Il permet de valider les parcours utilisateurs et d’identifier les points bloquants pour la navigation.

Un mauvais terme employé peut-il gêner la navigation web ?
Oui. Ce qui fait le succès d’un site, c’est que les gens n’abandonnent pas à la première visite. Cela implique plusieurs éléments :

1-    Est-ce que les internautes comprennent le contenu du site ?
2-    Est-ce que ce contenu les intéresse ?
3-    Est-ce qu’ils ont compris où il fallait cliquer ?

Pour ces trois problématiques et en particulier la dernière, la clarté de la terminologie est fondamentale.

La terminologie est aussi importante que l’ergonomie, plus essentielle que le design. A la limite, il vaut mieux avoir un site pas très bien désigné avec des intitulés clairs, que l’inverse.

Qu’est-ce qu’une bonne terminologie web ?
Des intitulés très concrets, attrayants. « Communiquer » est trop abstrait. Il vaut mieux employer des termes plus standards comme «forum », « chat », « acheter ». Par ailleurs, les mots doivent donner envie, faire comprendre à l’internaute quel bénéfice il va tirer de ce site. Pourquoi il a intérêt à y passer plus de temps.

Les internautes sont-ils sensibles à un contenu éditorial de qualité ?

Sur Internet, les gens ne lisent pas, sauf pour l’actualité chaude. Ils vont chercher des articles. Ils scannent le contenu des sites. En général, ils lisent 5-6 lignes pas plus car l’écran fait mal aux yeux.

Quand on regarde quels sont les premiers sites mondiaux en terme d’audience, il y a très peu de modèles éditoriaux purs et durs. Ce sont plutôt des sites sur lesquels ont fait des actes transactionnels, de la communication, des échanges. La lecture n’est pas l’acte le plus fréquent du web. Ce n’est pas un acte d’interaction en soi.

Du coup, si un contenu est mal rédigé ou mal mis en forme les internautes zappent très vite. Il faut un contenu adapté au scan.

Qu’est-ce qu’un contenu adapté au scan ?

Internet est un outil constitué de ce que font tous les autres médias. C’est un média qui se cherche un peu. Mais ce qui me semble certain, c’est que l’ « écrit » ne fonctionne pas comme sur un magazine papier. Tout simplement parce que le mode de lecture n’est pas du tout le même sur un écran et sur une feuille.

Le copié-collé du “print” sur un ordinateur, ça ne fonctionne pas du tout. Il faut des caractères plus gros et séquencés, des textes qui ne dépassent pas 5 lignes.

Vos clients sont-il conscients de l’importance de la qualité éditoriale pour la navigation ?

Ils sous-estiment l’importance de la qualité de la terminologie et du contenu éditorial sur la navigation. C’est un enjeu principal dans les années à venir. Le travail sur les mots-clefs comment à arriver mais les textes sont encore trop longs, trop écrits en mode “print”.

En quoi l’organisation du contenu est-elle fondamentale pour la navigation ?

La capacité à organiser les contenus est le « nerf de la guerre ». Google par exemple est capable de trier des dizaines de milliards de documents en quelques millièmes de secondes à partir d’un ou deux mots clefs. Les gens doivent trouver les documents qu’ils cherchent le plus rapidement possible.

Mais pour moi, le travail sur le contenu éditorial et les terminologies se distingue du travail sur l’organisation du contenu. Ce sont deux compétences différentes.

Quelle est la principale qualité d’un bon ergonome ?
Il doit avoir la capacité de se mettre à la place de son visiteur, simplifier ce qui peut être assez complexe.
 
Merci d’avoir répondu à ces questions !

Lire aussi Le format article Aufeminin


 



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