Plume Interactive : écriture web et ergonomie éditoriale par Eve Demange

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23 septembre 2013

Journalistes "engagés" : mais quelle mouche les pique ?

Hervé Kempf quitte Le Monde pour s'engager chez Reporterre.net. Mediapart creuse son rôle de contre-pouvoir en prenant sa liberté de ton sur le web. L'ONG Reporters d'Espoir refuse l'immobilisme induit par le journalisme "classique" et sa culture sensationnaliste. L'heure est à l'engagement dans l'information et à la valorisation des initiatives positives. Mais quelle mouche a donc piqué les journalistes à l'heure du web ?

Reporters d'espoir

Ce matin Benoît Hautot, issu de la très dynamique équipe éditoriale de l'agence WAW, s'interroge : "L'information positive : gros mensonge ou petit bobard ?" Le billet souligne la transformation en cours dans le métier même du journalisme : "Du «Trop de voiture, trop de pollution», on va passer à du «La pollution, elle existe, mais on peut y remédier»."

D’un journalisme soi-disant « neutre » mais en fait très « commercial », en retrait mais axé sur le sensationnalisme, nous sommes en train de passer à un journalisme plus engagé, plus mordant et moins conformiste. A l’image d’Hervé Kempf, qui quitte avec fracas Le Monde pour Reporterre, media engagé sur l’écologie, de nombreux journalistes veulent proposer aux citoyens une autre lecture de l'information. 

Le départ brutal d'Hervé Kempf a suscité un vif débat au sein du Monde. Le principal motif du divorce ? Le rédacteur en chef, Didier Pourquery, avait interdit au journaliste de couvrir un sujet (NDPI : la mobilisation contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes) au motif que le journaliste serait trop engagé, et donc partisan : "les jeux sont faits, le verdict est rendu: Kempf se serait égaré sur les chemins du militantisme, se serait placé au service d’une cause, inféodant sa liberté de pensée et égarant au final ses lecteurs, reproche implicite qui clignote derrière cette salve de reproches." A lire sur Mediapart "Journalistes et écologie, le malentendu".

Au début du siècle dernier, le grand journaliste Albert Londres écrivait « notre rôle n’est pas d’être pour ou contre, il est de porter la plume dans la plaie. » Or aujourd’hui grâce au web, tout le monde peut porter la plume, ou l'image, dans la plaie. Les témoignages des victimes de conflits affluent sur le web. Les vidéos prises par les rebelles syriens rendent compte de la réalité au coeur des plaies du monde. Des violeurs viennent témoigner du point de vue de celui qui a commis un crime. Lire sur rue89 "A 20 ans j'ai commis un viol. Méritais-je d'être abattu ?"

Alors, où se positionne le journaliste à l'heure du web ? Quel est son rôle désormais ?

Certes, la frontière reste très mince entre engagement nécessaire et aveuglement idéologique. Si le journaliste s'engage trop, il risque de virer dans la propagande. Mais à trop peu s'engager, les professionnels de l'info ne s'étaient-ils pas endormis dans un journalisme ronronnant, "officiel", véhicule malgré lui d'une manière de penser conformiste ? Nous avons tous une "grille de lecture" sur le monde, une façon de comprendre l'actualité qui tient à notre propre histoire. Mettre l'accent sur un sujet précis, n'est-ce pas déjà induire un angle éditorial invisible ? Donner l'impression qu'à part les conflits identifiés ailleurs, ici tout va bien ? N'est-il pas plus sincère d'assumer son point de vue ? Plus sain de provoquer une réflexion réelle des lecteurs, un échange, un débat ?

Marie-Monique Robin, la célèbre journaliste d'investigation, a tranché. Depuis ses débuts, et avec Le Monde selon Monsanto, elle s'engage dans l'information qu'elle transmet. Elle décrypte la communication employée par certaines multinationales pour cacher des activités peu avouables. Elle passe de l'image parfaite et lisse présentée sur le web à la réalité, moins simple. Elle utilise ce même web pour aller chercher des informations essentielles à l'autre bout du monde. Elle nous entraîne avec elle de l'autre côté de l'information pour nous permettre de saisir la réalité dans toute sa complexité. Son journalisme EST militant et c'est sa raison d'être. Elle annonce la couleur et personne n'y trouve rien à redire.

Je crois que nous assistons à une transformation profonde du métier de journaliste, à une réflexion vitale sur le rôle de passeur d'information et sur sa mission dans une société médiatique, en mutation. C’est un débat réellement passionnant à la fois sur l'angle éditorial, sur la façon dont les journalistes et les rédacteurs transmettent l'information, et sur les actions qui en découlent.

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Posté par evedemange à 14:27 - Veille contenu éditorial - Commentaires [1] - Partager - Permalien [#]
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Commentaires

    Les journalistes sont déjà engagés

    Les media presse/web sont déjà engagés politiquement, tant et si bien qu'ils font essentiellement de la propagande qui se cache. L'objectivité journalistique est un leurre... créé et maintenu par les journalistes, unanimement, pour se crédibiliser.
    Difficile de faire plus partisans que Le Monde et Médiapart, que vous citez. Il suffit de les lire pour s'en convaincre.

    Posté par Pog, 13 octobre 2013 à 11:02

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