Plume Interactive : écriture web et ergonomie éditoriale par Eve Demange

Ecriture web, ergonomie éditoriale, optimisation de contenu éditorial web, rédaction référencement, management de projet éditorial Internet

19 juillet 2013

Design web : l'information, nom d'un surf !

En 2013, je m'étonne toujours de voir du lorem ipsum sur des maquettes de pages web. Or, le choix des mots s'avère structurant pour le design même de la page ! Quand les graphistes web auront-ils des cours à l'écrit web dans leur cursus de formation ? Objectif : valoriser les unités d'information et les mots qui structurent la page, grâce au design.


Tout est parti d'un article posté sur l'excellent magazine Télérama, "Graphiste en colère : pourquoi ils ne veulent plus fermer leur gueule." Les graphistes français se plaignent du manque de culture graphique en général, des responsables marketing qui demandent des visuels "sexy" (ie lobotomisés de la création), du manque de considération de leur travail et des projets mal payés.

Au delà de l'article, dont je vous conseille la lecture, le partage du lien a donné lieu à un échange sur la sensibilité au design d'information chez les graphistes web sur le profil facebook de Marina Aubert (spécialiste de l'écrit web, conférencière aux Journées du contenu web), et Plume Interactive :

Facebook graphistes en colère


Sur une page épurée, le choix des mots est essentiel
C'est vrai qu'un bon design web, c'est essentiel. Les couleurs et les images fabriquent une identité forte qui s'exprime au delà des mots, qui marque nos inconscients. Mais les mots structurent l'espace sur le web. Et ça, les designers, les ergonomes, les chefs de projets, les managers web, les développeurs et certains mauvais référenceurs, l'oublient trop souvent.

Les pages web deviennent de plus en plus épurées. Et sur une page épurée, les mots doivent être longuement pesés. Si le rédacteur a bien fait son travail, il a passé quelques heures à méditer sur le choix de tel ou tel mot.

Monologue intérieur d'un rédacteur web en action :
"-de 55 ans, à chaque âge ses besoins, à chaque budget ses priorités !"
>pas assez précis ça, aucun mot-clé significatif, trop long pour un sous-titre de produit...
"-de 55 ans" ouch, n'attire pas la cible jeune...

>Bon, on revoit !
"De 18 à 55 ans"
> ah là c'est mieux !

"la mutuelle adaptée"
> mouich, c'est mieux mais est-ce que ça accroche assez ? Peut-être pas encore assez précis...

"la complémentaire santé qui tue !"
>ah ben non, là ça va pas...

"la complémentaire santé qu'il vous faut !"
>pourquoi pas ? Mais est-ce que l'on ne pourrait pas trouver encore mieux ?

Et caetera, et caetera (image d'une souris pédalant dans un rouleau...)


Page web, vue coté rédacteur : structure d'unités de sens séparées par des espaces et des couleurs
Les textes d'une page web ont donc "normalement "été conçus pour être d'une limpidité cristalline. Ils ont été pensés comme une structure d'unités de sens, séparées par des espaces et des couleurs. Or, ce travail laborieux peut être réduit à néant par un designer web mal formé à la hiérarchie de l'information. Un gros pâté rouge, un titre mal positionné dans une police illisible, un bouton d'action mal placé, mal identifié ? Voilà la page rendue inefficace. L'information ne passe plus...

Je constate souvent le manque de sensibilité -de formation- des designers web à l'information sur le web, et cela même sur les sites web de grandes marques.

Pour vous en convaincre, voici une petite capture d'écran :

photos zadig & voltaire

Formation à la lisibilité web
Auriez-vous envie de lire le texte de l'interview écrit en capitales ? Probablement pas. Les 3 colonnes ? bof. Et le texte descriptif du costume, entièrement souligné, avec une couleur de police blanche sur fond gris ? Non plus. Le design n'engage pas l'internaute dans la lecture. Pourtant, ce que vous voyez, c'est une page d'aterrissage de la nouvelle campagne web de la marque Zadig & Voltaire. Une page clé, mal pensée pour le web, sans bouton d'action, ni lien réel vers d'autres pages du site pour transformer la visite, ou donner envie de poursuivre la lecture.

Conclusion : les graphistes web sont en colère après les responsables marketing, je comprends. Ils font un travail formidable, et meilleure sera la culture graphique en France, mieux ce sera. Il faut de bonnes formations à l'identité graphique, c'est clair. Mais, chers graphistes web, si vous pouviez aussi intégrer des cours sur la lisibilité de l'information et l'écrit web dans vos écoles, ce serait vraiment formidable :-)

Et vous, avez-vous des exemples comme celui de Zadig & Voltaire ?

A lire aussi

Ecrire pour le web : "c'est la structure imbécile !"
Pourquoi les agences d'ergonomie web devraient toujours travailler avec un rédacteur
L'art de faire de l'espace

 

Posté par evedemange à 12:10 - Ergonomie éditoriale - Commentaires [6] - Partager - Permalien [#]
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Commentaires

    Et le DC dans tout ça?

    Très juste Êve, comme toujours. Mais dans le cas de Z&V, il me semble que c'est le DC qui n'a pas fait son job non?

    Posté par Ka, 19 juillet 2013 à 13:02
  • Le job du DC

    Bonjour Ka, le DC, vous voulez dire le directeur de la com ? Quel point voulez-vous souligner exactement ?

    Posté par Eve, 19 juillet 2013 à 13:24
  • Le Gris sur Gris

    Chaque jour je me bats avec mon graphiste pour qu'il arrête d'utiliser du gris sur fond gris.
    Les textes de notre site sont tout simplement illisibles en sus de notre webfont de m***de.

    Forcemment, sur son iMac 27'' c'est magnifique et lisible.

    Je propose de faitre travailer les webdesigners sur des vieux laptops avec une résolution 1024x768 pour résoudre le problème.

    Posté par Yann, 26 juillet 2013 à 10:51
  • Excellente idée

    Je vois d'ici la tête des designers

    Posté par Eve, 20 août 2013 à 21:53
  • Oui mais...

    Ce que tu nous raconte la est tellement courant.

    Au sein de notre agence, nous passons un temps incroyable à essayer de faire comprendre à nos clients que le design est là pour mettre le contenu en valeur, pas l'inverse.

    Et vu que l'on attache une importance prépondérante au SEO, le choix des textes est d'autant plus important. Ce n'est qu'une fois les textes (et autres contenus) définitivement validés que l'on devrai s'attaquer à la partie graphique. D'ailleurs, c'est un vrai bonheur pour un graphiste d'avoir du vrai contenu pour qu'il puisse apporter son savoir-faire afin de mettre en exergue les points importants.

    Il n'y a que dans le cas d'articles de blogs que c'est sans doute un peu moins important, et encore...

    Mais bon, ça c'est la théorie. Dans la pratique, souvent les clients veulent avant tout un design qui claque. Ils sont tellement nombreux à penser leur site pour eux avant de penser à leurs visiteurs...

    Posté par Sylvain, 04 septembre 2013 à 13:51
  • Oui !

    @Sylvain
    Ce serait formidable si tous les projets web s'organisaient de cette manière : d'abord le texte, et ensuite le design web. Le référencement serait béton, les sites très bien construits, intelligents, efficaces. L'information passerait facilement.

    Mais en réalité, je pense que le texte est très souvent traité en dernier car c'est la partie difficile, laborieuse. On doit se demander : qu'est-ce qu'on a à dire ? Parfois, on a rien à dire, parfois on n'est pas d'accord avec un autre département sur la manière de communiquer... On remet à plus tard ce qui pose problème.

    Le design, c'est ludique, sympa, coloré, on se fait plaisir. Ça touche aussi à l'identité, la réaction est instinctive, immédiate. Et avec un design on a tout de suite l'impression d'avoir "quelque chose" de concret, de solide. Alors que le texte, c'est plus immatériel, ça paraît interchangeable pour celui qui regarde vite sans s'intéresser au fond.

    Mais au final quand tu veux vraiment quelque chose, c'est là que tu t'intéresses au fond. Et si c'est mauvais tu lâches. C'est comme dans la vraie vie, en somme

    Posté par Eve, 06 septembre 2013 à 09:57

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