Plume Interactive : écriture web et ergonomie éditoriale par Eve Demange

Ecriture web, ergonomie éditoriale, optimisation de contenu éditorial web, rédaction référencement, management de projet éditorial Internet

25 novembre 2010

Pourquoi les agences d'ergonomie web devraient toujours travailler avec un rédacteur

La scène se passe chez un client, un matin à Paris, dans des bureaux spacieux et clairs :

"Voilà, nous avons fini les maquettes et maintenant nous vous avons contacté pour rédiger les textes !

– Merci de votre confiance, je suis ravie d'être là ! Bien, bien. Silence studieux. Alors là dans ce bloc : qu'est-ce que l'agence d'ergonomie a voulu mettre comme information ?

Silence... et bien il faudrait leur demander exactement.

– Ok. Silence studieux. Bon et ici, à la place du "lorem ipsum", on met quoi ?

– A vrai dire, je ne sais pas exactement. De l'info produit.

– Ah oui, je vois. Mais quoi comme type d'info produit exactement ? Qu'est-ce qui intéresse vos clients ? Quels sont les aspects du produit qui peuvent déclencher l'acte d'achat ? Que cherchent-ils dans les moteurs ?

– C'est une bonne question. (NDPI : là il s'avère que le produit a une histoire et que c'est l'histoire du produit qui fait rêver justement. Mais rien n'a été imaginé à ce niveau d'information pour valoriser cet aspect important et, par la même occasion, améliorer la visibilité du contenu web sur les moteurs.)

– Et là, ce serait bien de réassurer les internautes par rapport à la manière dont va se dérouler la commande, une fois qu'ils auront acheté le produit. Vous vous souvenez, ils se plaignaient de ne pas avoir assez d'informations de ce type dans les tests utilisateur et le sondage en ligne ?

– Oui, c'est vrai. Ce serait bien. Mais il n'y pas de bloc texte prévu pour ça dans les maquettes.

– Oui, je vois, c'est un problème.

– Oui.

– Bon ce n'est pas grave, j'ai l'habitude. Je vais faire ce que je peux. Mais dites-moi : est-ce que ça n'aurait pas été plus simple de me briefer en même temps que l'agence qui vous a fait les maquettes, au début, plutôt qu'à la fin ? Ca n'aurait rien changé au prix de la prestation, vous savez.

– Peut-être, oui."

Je vous le demande : pourquoi persister fin 2010 à laisser du lorem ipsum sur les maquettes web ? Est-ce qu'on laisse du lorem ipsum dans les livres avant d'envoyer le BAT (NDPI : Bon à tirer) ? Et dans les épreuves de pub ? Comme l'explique bien Laura Martinez professeur et chercheur à l'université de Sao Paulo au Brésil, "l'écriture web met l'accent sur le contenu narratif (texte ou mutimédia) du système d'information : le développement de l'articulation du récit et de sa structure non linéaire. (...) cela fait partie de l'architecture de l'information." Lire à ce propos son étude : "The Black Wheel : a technique to develop hypermedia narratives"

Je constate encore très souvent (presque toujours, en fait) dans ma pratique, que rien n'a été pensé pour la mise en valeur de l'information d'un point de vue de l'histoire, du sujet lui-même. Aussi excellent que soit l'ergonome web, il ne descend pas jusqu'à ce niveau d'information, ce que j'ai appelé l'ergonomie éditoriale web. Chaque fois qu'un ergonome ou un designer web ne traite pas ce dernier niveau d'information, il met du lorem ipsum. Cela signifie implicitement "ce niveau n'est pas important pour la structure de l'information". Or, ce n'est pas vrai.

La structure d'un article ou d'une page web créée pour valoriser le sujet, l'information, c'est fondamental. Les mots structurent le plus souvent la pensée.  Nous faisons le contraire aujourd'hui dans les projets web. On pense une structure et ensuite, on fait rentrer des mots dedans. Quand allons-nous enfin réintégrer la communication, les mots, dans les projets web ? Quand allons-nous penser les sites web comme des vecteurs de messages, de puissants moyens de narration, et non comme des boites navigables toutes prêtes, à remplir avec des mots ?

Chers rédacteurs et rédactrices web, c'est maintenant que vous vous lâchez dans les commentaires !

Lire aussi
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Ergonomie éditoriale, adapter le contenu web à l'usage


Commentaires

    Tout à fait d'accord !

    La stratégie éditoriale fait parti de la conception web, tout comme l'ergonomie ! Elles doivent obligatoirement travailler ensemble.
    Le parcours de l'internaute ne se fait pas seulement sur la navigation inter-pages (ergonomie) mais également dans la nagitation intra-pages (hiérarchisation de l'information textuelle).

    C'est pour cette raison que je pense que toutes les techniques et méthodes de projet web doivent travailler main dans la main dans la conception web

    Posté par analyse_web, 25 novembre 2010 à 13:43
  • Je suis tout à fait d'accord sur la nécessité d'élaborer un projet en amont avec à la fois les graphistes, ergonomes, etc. et les rédacteurs !

    Par contre, je pense qu'on ne doit pas non plus généraliser sur les questions de Lorem Ipsum ou de blocs de textes non pré-remplis :
    Il est tout à fait possible de définir l'objectif de chaque bloc de texte (donc leur emplacement sur la page, leur taille, la présence de graisses ou de liens, etc.) sans pour autant rédiger pleinement ces textes dans les maquettes.

    En tout cas, dans l'exemple donné, je trouve ça vraiment aberrant que les maquettistes aient pu pondre un projet avec des zones de textes sans qu'il ait été défini quel type de texte serait affiché dedans. On marche sur la tête

    Posté par Raphaël, 25 novembre 2010 à 14:26
  • Partagé !

    Je suis effectivement partagé face à cette situation.

    D'abord la lassitude de voir le contenu oublié dans un tel projet.

    Ensuite lucide sur le fait que les métiers du web sont encore jeunes et vont se professionnaliser.

    Vous avez la suite de l'histoire ?

    Posté par ToSiMpHaL, 25 novembre 2010 à 15:30
  • D'accord avec toi, mais 1 chose n'est pas claire. Tu parles d'ergonomie et de maquette. Pour moi, l'ergonomie ne se fait pas au moment des maquettes, mais avant, lors du zoning et du travail d'architecture de l'information. C'est pour cela que, dans mon agence, le département Contenu (le mien) et le département IA (Architecture de l'information / Ergonomie) travaillent de conserve dans les phases de conception. Jamais de lorem ipsum, sauf pb de timing. Et ensuite, on transmet aux Créas pour une réflexion créative.

    2e point : le client a un problème s'il accepte des maquettes ou des zonings sans savoir ce que l'on va y mettre ni à quoi correspondent les zones définies ou maquettées. Tu ne trouves pas ?

    Enfin : si les zones sont clairement identifiées, le lorem ipsum ne me dérange pas, il évite aussi que le client ne s'arrête sur des éléments de texte non définitifs, alors qu'on ne parle pas contenu, là, mais structure de page... Il suffit juste, je le répète, que les zones soient identifiées et explicitées.

    Posté par olivier B., 25 novembre 2010 à 16:02
  • Oui mais...

    Je suis ergonome et bien souvent l'info sur les contenus n'est jamais dispo au moment ou nous intervenons...

    Donc ça ne m'étonne pas qu'on prévoie des zones sans trop documenter ce qu'il y a dedans.

    D'un autre côté ça devrait mettre la puce à l'oreille du client s'il reçoit un travail non documenté, là ça manque clairement de sérieux je dirais même que ça en dis long sur le sérieux du ou des ergo qui sont intervenu.

    Ou alors chose qui m'arrive aussi assez souvent, il n'y avait pas de budget pr la doc, le client à voulu qu'ils se limitent à une maquette.

    P-ê même que les ergo n'ont pas eu accès aux utilisateurs afin de déterminer quels textes placer à quels endroits...

    Sortie du contexte, ça semble absurde, mais qd on se rapproche de la réalité du terrain d'un ergonome, on trouve beaucoup d'explications possibles.

    Posté par Nickko, 25 novembre 2010 à 16:16
  • Ca dépend des clients

    En fonction du profil du client, insérer dans les maquettes le texte tel qu'on le conçoit en finalité pour l'internaute peut vraiment être une source de débordement du timing du projet, surtout au sein des TPE.

    De fait, le plus souvent, l'audit du contenu disponible et des attentes des internautes est souvent réalisé par l'agence en amont, avec un accompagnement sur la méthodologie rédactionnelle en aval afin d'encadrer les intervenants de la TPE sur des bases de travail optimisées et zonées dans son administration en back office.

    Au niveau des sociétés de taille importante, il est fréquent de voir que le grand nombre d'intervenants ne facilite pas le recueil d'informations là où pourtant il s'avère le plus indispensable.

    Posté par LaurentCW, 26 novembre 2010 à 06:26
  • + 1

    J'avoue que je suis toujours supris par cette logique.

    Je fais une analogie ?

    Le client veut un récipient, il ne donne pas d'autres indications, on lui construit un super récipient, un container, ultra solide, molletonné, il brille, on livre le récipient.

    Le client vous dit ensuite que le truc ne va pas être très pratique, lui, il voulait juste un récipient pour transporter ses courses quand il va au marché.

    Revenons au web

    Comment mettre en valeur un contenu (l'essence même d'un site) quand on ne sait pas ce qu'est ce contenu ?

    Question méthode, on marche souvent sur la tête sur le web.

    Je te rassure, c'est pareil en SEO. C'est quand tout est fini qu'on fait appel à nous. Résultat, il faut casser les trois quart du site pour le refaire.

    Eve, je pense que cet article devrait te plaire en terme de méthode : http://blog.axe-net.fr/etapes-realisation-site-referencement/

    C'est si simple de faire les choses dans l'ordre.

    Posté par AxeNet, 26 novembre 2010 à 10:11
  • +1 depuis toujours.

    Depuis longtemps dans notre petit studio, on donne une importance égale tant au contenu qu’à sa mise en forme. Car on sait que les deux sont imbriqués. Ca fait partie d'un de nos credos.

    Parfois, avec un client fainéant ou indecis, on decide d'etre ayatollesque du genre : Pas de contenu validé --> pas de zoning et donc encore moins de maquette.

    Posté par 960dots, 26 novembre 2010 à 11:58
  • Une question de méthode et de méconnaissance des métiers du web

    Bonjour et merci pour cet article intéressant, cette situation arrive bien trop souvent encore...

    Si le concepteur éditorial/rédacteur arrive trop tard sur un projet, c'est avant tout du temps et de l'argent gaspillés par tous les intervenants : client, concepteur technique, webdesigner. La plus-value éditoriale apportée risque de voir le projet bien modifié et travail de chacun remis en cause. Parfois,le rédacteur intervient si tard, son travail ne portera alors que sur la rédaction des textes, et non pas sur l'architecture du site, le rubriquage, la navigations composantes essentielles avant envisager un quelconque habillage graphique. C'est un peu comme si voulait repeindre la maison avant d'en avoir bâti les fondations, les murs.

    Ce type d'incompréhension vient de deux causes
    1) Une méconnaissance du client des métiers, de la façon dont on fait un site web : le discours de certaines d'agences web (pas les bonnes !) est souvent celui ci : "on fait une structure, un beau graphisme et le contenu, vous le ferez vous même.
    2) de l'absence de spécialité "éditoriale" dans beaucoup d'agences, fonction souvent externalisée (du moins dans ma région - La Bretagne)

    Travailler comme cela en bout de chaîne ralentit le projet et donne en définitive une impression de collage des textes sans une véritable logique éditoriale. Ce n'est bon pour personne surtout pas pour le rédacteur.

    Dans ma méthodologie pour mettre en place une stratégie éditoriale web, je m'intéresse :
    1) aux objectifs marketing du client
    2) à sa stratégie globale
    3) aux objectifs du site web ou de la présence web (site corporate, medias sociaux, blog, forums...
    4) aux savoirs faire et aux ressources textes et images disponibles chez client à l'instant T dans la réalisation puis pour prévoir l'actualisation
    5) A la concurrence
    6) A la sémantique de l'activité du client, de la concurrence, aux mots clés recherchés par les internautes e

    Après seulement, je définis une stratégie éditoriale que je conforte auprès du développeur pressenti pour m'assurer de la faisabilité du projet.

    La rédaction est en effet la clé finale et sera la clé pour l'attractivité du site dans le temps : mais il faut encore faire pas mal de vulgarisation à propos des métiers et expliquer dans quel ordre ils doivent intervenir...

    Je suis donc, je cois, tout à fait d'accord avec le constat que vous réalisez !

    Au plaisir d'échanger...

    Posté par Gaellevig, 26 novembre 2010 à 14:58
  • Pas que le web

    Le problème n'est pas spécifique au web : une plaquette d'entreprise qui ne fonctionne pas a généralement été conçue avec du Lorem ipsum. Très jolie, la maquette, très flatteuse, mais ça ne fonctionne pas, au final.

    Posté par Pierre Réguer, 30 novembre 2010 à 13:07
  • Ou comment négliger le bijou en se concentrant sur l'écrin... C'est malheureusement assez courant chez de nombreux clients.

    Posté par J.Juraver, 09 décembre 2010 à 17:11
  • Des noms, des noms !

    Vous avez à faire avec des agences d'ergonomie web qui travaillent de la sorte ! Web agency, agence de com, agence de webdesigner et SSII sont coutumières du fait, mais agence d'ergnomie je suis sur le c...
    Une vrai agence d'ergonomie web (il n'y en a pas des tonnes) réunit les expertises d'ergonomes, graphistes, experts SEO-Accessibilité et rédacteurs...
    Alors qu'elle est cette prétendue agence d'ergonomie qui travaille comme des cochons ? Des noms, des noms !!!

    Posté par jaimepasgougueul, 21 janvier 2011 à 19:56

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