Plume Interactive : écriture web et ergonomie éditoriale par Eve Demange

Ecriture web, ergonomie éditoriale, optimisation de contenu éditorial web, rédaction référencement, management de projet éditorial Internet

14 octobre 2010

David Straus, LCI.fr : "nous travaillons les titres différemment selon le type d’information."

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Sur Internet, rédiger un titre accrocheur pour l'internaute s'avère particulièrement essentiel. Peut-on concilier créativité et contraintes du référencement ? David Straus, rédacteur en chef de TF1 news avec les sites LCI.fr et TF1.fr, nous parle de son expérience au quotidien.

Qu’est-ce qu’un bon titre d’article web, d’après vous ?
Sur le web, on jongle toujours entre intérêt d’être bien référencé et nécessité de séduire les visiteurs. Et ces deux exigences ne sont pas toujours compatibles. En école de journalisme, on apprend qu’il existe deux formes de titres : les titres informatifs et les titres incitatifs. Google aime les titres informatifs et déteste les titres incitatifs. Mais parfois les titres informatifs ne suffisent pas pour accrocher les lecteurs.

Pour cette raison, nous travaillons les titres différemment selon le type d’information. Lorsque nous avons un scoop à faire passer, nous choisissons un titre informatif. Notre objectif prioritaire, c’est d’être bien référencé et de séduire les internautes qui parcourent les moteurs de recherche. Lorsque nous avons une info plus légère ou sérieuse mais destinée à nos lecteurs habituels, nous allons faire des titres incitatifs, plus recherchés.

Comment travaillez-vous ces titres d’article ?
Nous sommes conseillés par des spécialistes du référencement. Une fois par semaine, on se rencontre pour voir ce qui a fonctionné, ce qu’il faut améliorer. Les référenceurs voudraient nous voir normaliser et réécrire tous nos titres. Mais nous résistons ! Ceci dit, nous n’avons pas le temps de travailler l’originalité de tous nos titres. Nous sommes un site d’info en continu. Nous publions un nouvel article toutes les 5-10 minutes, le tout avec une rédaction réduite en termes d'effectifs. Nous avons une exigence forte de rapidité. Donc pour 80% des informations, on ne peut pas dire que nous rédigeons des titres d’une grande originalité.

Mais pour 10 à 20% des articles ou des vidéos, nous organisons un brainstorming sur le titre. Quand un journaliste a passé du temps sur un bon reportage, ou qu’il a fait une bonne interview, il réunit deux ou trois journalistes. Ensemble, ils réfléchissent pour trouver le titre adéquat.

Avez-vous des contraintes techniques ?
Oui, nos titres sont restreints à 80 caractères ! Les journalistes savent qu’ils sont limités en nombre de caractères. Et parfois cela les frustre. En général, ils vont au maximum. Vous savez, c’est comme lorsque vous avez un buffet à volonté, vous prenez le maximum ! Ecrire un titre d’un seul mot, c’est difficile, risqué pour la compréhension. Et c’est plutôt mauvais pour le référencement, non ?

Est-ce qu’il vous est arrivé de changer un titre qui ne fonctionnait pas ?
Un titre sur un site web est un « work-in-progress ». Nous le modifions s’il ne traduit pas réellement le fond de l’article. Il peut arriver aussi que certains journalistes de la rédaction nous disent qu’ils n’ont pas compris le sens du titre. Les commentaires des lecteurs, également, peuvent nous montrer qu’un titre a été mal compris, ou bien que ce titre a donné une « couleur » non souhaitée à l’article.

Est-ce que vous vous appuyez sur les résultats des web analytics ?
On devrait. Mais nous n’avons pas les données en temps réel. Nous les avons seulement le lendemain avec Médiamétrie. Je n’ai jamais changé un titre sur la base de ces renseignements. Un article a son prime time. Cela ne sert à rien de réécrire le titre d’un texte qui a déjà été lu. La durée de vie d’un article de news est assez courte.

Quels titres fonctionnent ?
Il est difficile de juger pourquoi un article a fait une bonne audience. Parfois nous publions des articles avec un titre fait pour plaire à Google et les résultats sont décevants. Parfois nous rédigeons des titres qui feraient hurler un référenceur et les articles ressortent très bien dans les moteurs. Ils bénéficient d’un coup de pouce de l’extérieur avec des annuaires comme wikio par exemple. 

Nous voulons améliorer notre référencement, mais pas à n’importe quel prix. Nous voulons conserver une certaine liberté, une créativité. Les titres de Libération, par exemple, sont connus pour être très créatifs. Les journalistes font confiance aux lecteurs pour décrypter la titraille. Les titres de cet acabit sont oubliés des moteurs de recherche ! Mais ils peuvent faire mouche chez les lecteurs.

Comment se passe la rédaction des Unes ?
Chaque journaliste propose un titre pour son article. Ensuite ce titre passe par un parcours de validation. Pour chaque home, une personne dédiée vérifie l’ensemble, uniformise. Parfois, plusieurs titres peuvent ne pas fonctionner côte à côte. L’ensemble perd de sa force. Un sujet insolite proche d’une actualité dramatique, par exemple, cela ne fonctionne pas. La personne responsable de la home doit s’assurer de tout cela.

Merci d'avoir répondu à ces questions !

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Commentaires

    Très intéressant, comme toujours avec vos articles !

    merci à vous

    Olivier

    Posté par Olivier B., 15 octobre 2010 à 16:51
  • @ Olivier

    Merci, ça fait plaisir.
    Mais vous savez, c'est David Straus qui répond aux questions

    Posté par Eve, 15 octobre 2010 à 20:05
  • Très bon article !

    C'est vrai qu'il n'est pas toujours aisé de déterminer quand utiliser un titre informatif ou incitatif tout en se garantissant un bon référencement.
    Lorsque je choisis de l'incitatif, alors je mise sur le balisage sémantique, car ressortir en tête des moteurs exige aussi de la qualité en termes de contenu.

    Posté par Eloka, 10 janvier 2011 à 02:35

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