Plume Interactive : écriture web et ergonomie éditoriale par Eve Demange

Ecriture web, ergonomie éditoriale, optimisation de contenu éditorial web, rédaction référencement, management de projet éditorial Internet

10 avril 2009

Ergonomie éditoriale : adapter le contenu web à l'usage.

Il faut écrire en "mode scan". Oui, mais que se passe t-il si mes internautes recherchent une information plus fouillée ? Ecrivez des titres explicites. Oui, mais si mes internautes aiment le style décalé-pas-explicite de mon blog, dois-je faire comme tout le monde ?   

L'ergonomie web nous a apporté de merveilleux préceptes. Et le premier d'entre tous est celui-ci : mettez-vous dans la peau de vos utilisateurs web. Je lis régulièrement (toujours avec grand intérêt) les articles du gourou américain de l'ergonomie Jakob Nielsen. La plupart de ceux consacrés à la rédaction web disent en substance ceci : "les internautes ne lisent pas, svp épargnez leurs souffrances : rédigez court." Or malgré tout le respect que je dois à ce pionnier du genre, ces affirmations sont incomplètes, voire erronées si l'on en croit les études de comportement réalisées récemment.

L'étude Eyetrack menée par le Poynter Institute en 2007 montrait par exemple que les internautes lisent en profondeur sur les magazines en ligne, voire même plus longtemps que sur les magazines papier. Pour s'en convaincre, il suffit de lire les key findings de l'Etude Eyetrack07.

keyfindings

D'autres études sérieuses ont été menées depuis, et notamment celle-ci en 2008 (doc pdf):"Search is now normal behaviour. What do we do about that ?", réalisée sur la manière dont les internautes recherchent l'information sur le site de l'UK OPEN University. Voici un extrait de cette excellente analyse (désolée pour ma traduction inexacte. Si quelqu'un connait une version française, n'hésitez pas), "How do visitors read the pages on the site ?" :

"L'analyse du site montre que le temps moyen de visite par page du site web dépasse la minute. Or, en comptant 3 clics pour accéder à une page de contenu et une estimation généreuse de 10 secondes pour chaque clic, cela donne 3 minutes 30 secondes passées en réalité sur le contenu web : loin d'un schéma de lecture "skim and scan".

Cela correspond aux observations réalisées lors de nos tests utilisateurs. Quand les visiteurs arrivent sur les pages de contenu d'un site, il s'arrêtent et lisent intensément.

Ce que l'on peut conclure, c'est que sur ce site Internet au moins, les gens lisent. Nous avons souvent entendu dire que les gens scannaient et cherchaient leur chemin à travers les pages web. Et nous avons observé ce comportement sur ce site web aussi. Mais seulement sur certaines pages : celles que Ginny Redish décrirait comme "scan, select, and move on."   

Cela nous a aidé à décider que les longues pages étaient une solution appropriée pour des informations de type description d'un cours, dès lors que nous gardions une bonne signalisation en haut de page."

Ces deux études très sérieuses, menées avec grand soin, montrent que les internautes lisent de longs textes sur le web, mais simplement pas sur toutes les pages d'un site Internet.  Les internautes scannent à la recherche de toutes sortes d'infos et parfois (souvent), ils scrollent et peuvent lire de longs textes s'ils en ont besoin. Le contenu éditorial doit savoir s'adapter aux usages et aux besoins des internautes.

L'écrit web n'est pas une science empirique. On ne peut pas dire "écrivez toujours court, explicite". Certes, il faut respecter certains principes comme celui de la pyramide inversée avec les informations les plus importantes en haut de la page, les paragraphes courts avec une seule idée, les titres en gras le plus souvent possible.

Mais il ne faut pas vouloir faire court à tout prix et passer systématiquement les textes à la moulinette sous prétexte de l'écrit web. La longueur, la nature même des textes doit s'adapter aux attentes de l'internaute. Si les lecteurs recherchent un dossier de fond de 6000 signes, ils seront déçus avec un article de 1500 signes, s'ils recherchent un formulaire en pdf, ils doivent pouvoir le trouver facilement. Et les lecteurs de Presse-citron qui adorent les titres teasing-décalés-pas-explicites d'Eric Dupin doivent pouvoir continuer à rire en découvrant les titres sur Netvibes.

Voilà le véritable sens de l'ergonomie éditoriale web : l'écriture doit se mettre au service de l'usage des internautes et non respecter des règles basées sur des études qui doivent encore être largement vérifiées et approfondies.

Lire aussi
Le paradoxe Harry Potter
L'étude Eyetrack07 : points clés


Commentaires

    C'est simple non ? Ou simpliste ?

    Je voudrais simplement dire que pour moi la situation est relativement simple :
    - quand je cherche de l'information, je scanne, je lis les titres et le début des paragraphes,
    - quand j'ai trouvé l'article qui m'intéresse, je lis attentivement l'intégralité du texte.
    La difficulté réside bien dans l'écriture : trouver un chapô et des titres accrocheurs pour montrer au lecteur que le contenu est intéressant.
    Mais je ne suis pas forcément représentatif du lectorat web !
    C'est simple non, enfin pour moi , voire simpliste ?

    Posté par Christophe, 11 avril 2009 à 10:14
  • Représentatif

    Mais non Christophe, je crois que la majorité des gens procèdent de la même manière que vous : ils scannent à la recherche de l'info qui les intéresse et quand ils ont trouvé, ils lisent avec attention.

    La vraie question que nous devrions nous poser, je pense, c'est : quelle longueur reste supportable pour une lecture sur un écran (lorsque les internautes sont intéressés par un article)? Pour l'instant, aucune étude à ma connaissance n'a été faite sur ce sujet.

    Ceci dit, si les internautes recherchent des infos rapides, un dossier long ne conviendra pas. Il est indispensable d'avoir une bonne connaissance des habitudes de lecture de ses utilisateurs et se poser les bonnes questions : "Que viennent-ils chercher là ?"

    Et envisager plusieurs usages : comme le disait Benjamin Servet dans un interview sur ce blog, sur un article d'un feuillet, il faut donner la possibilité aux internautes de pouvoir approfondir une info courte avec une version longue "Dossier de fond", mais également une vidéo, un diaporama, etc. Il faut imaginer que différents internautes peuvent arriver sur une page avec différentes attentes et écrire de sorte que tout le monde y trouve son compte (Jakob Nielsen a écrit un article très intéressant sur cet aspect "Write for reUse").

    Posté par Eve, 11 avril 2009 à 12:04
  • Quelle structure pour deux versions ?

    Bonsoir Eve,
    Comme le dit Benjamin Servet, l'idéale serait d'avoir deux versions du même contenu dans le même article : une version courte et une version longue. Mais quelle serait la structure d'un tel article ?

    Doit considérer le chapô comme la version courte, mais peut-être trop courte quand même ?
    Puis le contenu de l'article correspondrait à la version longue ?

    Ou carrément, clairement indiquer dans l'article (donc dans la même page web) où se situe la version courte et la version longue, avec des titres bien identifiés, voire un séparateur, une ligne () entre la version courte et la version longue ?
    Mais ne serait-ce pas compliquer la structure de l'article ?

    Quelle pourrait être la structure d'un article à double contenu : court et long ?

    Posté par Christophe, 12 avril 2009 à 21:18
  • Article pour tous

    L'idéal à mon avis:
    Au lieu de proposer 2 versions redondantes, l'une courte et l'autre longue, proposer plutôt un article court qui résumé parfaitement la situation pour informer la majorité des internautes et, depuis cet article, envoyer un lien vers un dossier long pour ceux qui souhaitent en savoir plus (ainsi qu'un lien vers un diaporama, un graphique, une vidéo, etc.) Comme cela tout le monde est content ET bien informé !

    Posté par Eve, 14 avril 2009 à 11:08

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