Plume Interactive : écriture web et ergonomie éditoriale par Eve Demange

Ecriture web, ergonomie éditoriale, optimisation de contenu éditorial web, rédaction référencement, management de projet éditorial Internet

08 janvier 2009

Mais que font les journalistes ?

Internet existe depuis plus de dix ans en France. A l'heure où les Etats généraux de la presse écrite se terminent à Paris, la plupart des journalistes de presse écrite (particulièrement en France) vivent toujours une relation passionnelle d'amour haine avec Internet. Et pourtant, le web aurait bien besoin de leur compétence.

Lors d'un comité de réflexion sur la valeur de l'information dans la Presse à Paris en décembre 2008, je m'étonnais de ne voir aucun journaliste autour de la table ronde pour parler d'un sujet qui les concerne pourtant en priorité. Mon voisin de gauche, Gilles Bruno du blog L'observatoire des Médias, me répond que les journalistes ne sont absolument pas motivés pour participer à ces débats, et même méfiants: "les journalistes français préfèrent aller à des réunions sur l'indépendance de la presse en ce moment" me dit-il.

Et voilà, c'était bien le problème. Nous étions en train de discuter de l'avenir d'une profession dont les principaux intéressés étaient absents. C'est comme lorsque vous repérez un problème dans la vie d'un ami et que vous essayez de le résoudre à sa place. Cela ne fonctionne pas vraiment.

"La Presse d'information traverse une crise profonde et fondamentale de valeur" résume le journaliste Jeff Mignon depuis ses bureaux de Mignon-media à NYC dans cet excellent billet dont voici un extrait :

"Sans rentrer dans un débat philosophique, je suis de ceux qui pensent que l'info a peu de valeur en soi. J'ai la conviction, comme Robert Picard, que la valeur de l'information repose sur ce que l'on en fait (valeur d'usage). Et je crois que c'est vrai pour la grande majorité des acteurs du monde des médias: le lecteur/consommateur, l'annonceur, l'investisseur et la société/le citoyen. (...) L'exception vient du dernier acteur de ce monde des médias : les journalistes. Par héritage et conviction, ils pensent souvent, à tord ou à raison, que l'information a de la valeur en soi. >>"

En ce qui me concerne, j'adhère certes à cette idée que l'information doit être utile et "consumer centric", conçue autour de la demande des internautes (cela ne concerne pas que les sites d'information mais la plupart des sites sur Internet). Mais pour autant, il me semble que l'information a une valeur intrinsèque, celle rappelée par Hubert Beuve-Mery lors de la fondation du journal Le Monde en 1944 : "Un nouveau journal paraît : Le Monde. Sa première ambition est d'assurer au lecteur des informations claires, vraies et dans toutes la mesure du possible, rapides, complètes. Mais notre époque n'est pas de celles où l'on puisse se contenter d'observer et de décrire."

Les informations qui circulent sur Internet sont reprises à l'infini par tous les sites, tous les gens qui écrivent. Mais qui vérifie leur véracité ? Qui apporte un crédit à l'info aujourd'hui ? Qui se porte garant des sources ? Ce sont toujours les journalistes, de l'AFP par exemple et les experts. La profusion d'informations disponibles nous a mis dans un tel état d'ivresse que nous oublions parfois la valeur de ce bien collectif et universel. Faudra t-il qu'un scandale éclate et que de fausses informations non vérifiées, amplifiées par le web, provoquent de gros dommages, pour que cette valeur essentielle se rappelle à nous ?

Par ailleurs, j'ai constaté par l'expérience que les compétences des journalistes sont extrèmement précieuses et trop rares sur le web. Ces professionnels de l'info possèdent une formation, un regard, une éthique, une rigueur dans l'analyse et la délivrance des faits que je n'ai pas encore réussi à retrouver ailleurs. Le web a besoin plus que jamais de professionnels de l'information qui sachent faire un arbitrage intelligent et offrir du sens là où le brouhaha médiatique finit par tout brouiller. Comment serait le journalisme idéal d'aujourd'hui ? Voir cet autre excellent billet de Jeff Mignon (en anglais) My ideal media needs to be "crowdfiltered" and "crowdproduced".

Que les journalistes se rassurent, ils ont une énorme carte à jouer aujourd'hui. Mais il faut qu'ils acceptent une bonne fois pour toute de prendre le train du numérique, qu'ils comprennent comment fonctionne le web. Il faut qu'ils se réapproprient les rênes de l'info, qu'ils réinventent leur métier plutôt que d'aller trainer leurs guêtres aux manifestations sur l'indépendance de la presse. La presse n'est pas "indépendante", elle se fait désormais avec et pour les lecteurs. Et la majorité des lecteurs est sur Internet.

Lire aussi

Tous les chemins de fer mènent au web
Le web, c'est comme l'Islande

Posté par evedemange à 22:04 - Veille contenu éditorial - Partager - Permalien [#]
Tags :