17 octobre 2008
Le paradoxe Harry Potter
Derrière chaque scanneur fou se cache un dévoreur de texte web. Comment expliquer ce paradoxe ?
A la question "Les internautes sont-ils sensibles à un contenu éditorial de qualité ?", Jean-François Marti de l'agence d'ergonomie Nealite répondait récemment ceci :
"Sur Internet, les gens ne lisent pas, sauf pour l’actualité chaude. Ils vont chercher des articles. Ils scannent le contenu des sites. En général, ils lisent 5-6 lignes pas plus car l’écran fait mal aux yeux. (...) Du coup, si un contenu est mal rédigé ou mal mis en forme les internautes zappent très vite.>> "
Oui les internautes scannent le contenu des sites web à la recherche de l'info qui les intéresse. Mais comme le prouve l'étude Eyetracking the news, résumée sur ce blog, ils lisent en ligne en moyenne 77% du texte contre 62% dans les magazines et 57% dans les quotidiens en presse écrite.
Comment expliquer ce paradoxe ?
Le jour de la sortie du quatrième tome d'Harry Potter, je me trouvais dans une librairie. Je revois, sidérée, un petit garçon haut comme trois pommes tirer derrière lui un énorme pavé de 500 pages en criant tout excité "Ca y est, Maman ! Ca y est, je l'ai trouvé !" J'étais en train de me dire que celui-là devait avoir un intellect surdéveloppé, quand j'en vis passer un deuxième, puis un troisième, un quatrième. Et cela dura toute la journée.
Ce petit garçon ne voyait pas qu'il trainait un pavé derrière lui, il était heureux car il savait qu'il allait connaître enfin la suite des aventures de ses personnages préférés, Harry, Dumbledore, Hermione et Cie.
La manière dont les gens lisent sur Internet procède du même paradoxe: ils scannent partout à la recherche de l'information, cliquent sur le bouton "retour en arrière", s'irritent de patienter, sautent d'un titre à l'autre et pestent en attendant le téléchargement d'un pdf. Mais lorsqu'ils ont trouvé un article intéressant, et surtout l'information qu'ils recherchent, ils se transforment en lecteurs assidus, complètement absorbés, prêt à ingurgiter des masses de texte incroyables sur un écran pourtant peu fait pour la lecture. Jakob Nielsen a bien compris ce phénomène, lui qui propose uniquement du contenu à forte valeur ajoutée sur son site, sans aucun autre artifice, ni effort de design.
Conclusion : 1- Assurez-vous que le contenu proposé à vos internautes répond bien à leurs attentes.
2- N'ayez pas peur d'investir dans la qualité de votre contenu éditorial, car c'est cette même qualité qui vous assurera l'intérêt du lecteur et sa confiance à long terme. C'est toujours cette qualité qui augmentera le nombre de liens vers votre site, qui créera le bouche à oreille, qui améliorera l'indice de densité des mots clés et donc votre positionnement dans Google. C'est encore cette qualité qui crédibilisera votre démarche et vous assurera perennité, gloire et succès :-)
Commentaires
Rien à voir avec l'éditorial web...
...mais Marc est mon oncle et mon père est Claude Jardel, le photographe nature spécialisé dans la photo d'abeilles
Je lui parlerai de votre blog (il le connait sans doute déjà) !
Enfin tout ça pour dire que la photo nature est un bien joli sujet pour un blog...
Bonne journée,
EveBonne chance !
C'est vrai que l'éditorial web est un sujet passionnant, en perpétuelle évolution. Nous n'en sommes encore qu'aux balbutiements. Tout reste à construire. Je suis certaine que tous ces métiers ont de beaux jours devant eux.
Merci et bonne chance pour votre société
PS : et bonjour à mon oncle Marc quand vous aurez l'occasion de le voir... à Montier-en-der peut-être ?Lire lire
Le phénomène Harry Potter est en effet réjouissant. Et moi qui le vit à la maison (mes deux filles sont des fans depuis le début) me rassurent sur le rapport que la génération qui me suit entretient autant avec la lecture qu'avec le livre.
Ceci dit, je ne suis pas sûre que cette histoire aurait eu, lancée seulement sur Internet, le même succès.
Tout cela, me direz-vous est affaire de marketing. Mais pas seulement.
Lire un livre (on parle de littérature), et lire sur Internet (même en scannant le texte et en l'imprimant) ne procurent pas les mêmes sensations, ne procèdent pas de la même démarche de la part du lecteur.
Dès lors que l'on sait lire il y a mille une façons de lire; mille et un lecteurs en nous qui ne s'excluent pas mais au contraire cohabitent.
A la base,il y bien sûr une requête. A laquelle l'écrit peut apporter une réponse. Mais ce n'est pas la seule. D'autres formes d'expression existent qui ont aussi leur place. Il serait dommage de s'en priver.Les médias complémentaires
Val,
Je suis tellement d'accord avec ce que vous dites : lire un livre et lire sur Internet sont deux actions différentes qui ne procurent pas du tout le même plaisir.
C'est justement parce qu'un internaute ne lit pas de la même manière selon qu'il recherche un article, un produit, un document ou un témoignage, que le format web proposé doit s'adapter à ces différents usages.
Pour être capable de proposer un format éditorial adapté aux habitudes de lecture, nous devons progresser dans notre connaissance.
Enfin en ce qui concerne les livres et les ordinateurs, je suis persuadée que la lecture sur ordinateur (même avec des tentatives comme l'e-book) ne pourra jamais remplacer le plaisir de tenir entre les mains un bon vieux poche, le bruit de la page qui se tourne et l'incroyable odeur de l'encre et du vieux papier jauni...
Eve


Excellente analyse ;-)
Étant un grand fan (tardif) de Harry Potter (puisque pour tout vous dire j'ai vu les 5 films avant de commencer à lire une ligne du premier tome !) j'avais sauté sur le titre de votre billet, ne m'attendant pas vraiment à sa chute.

Néanmoins, le pari est réussi puisque j'ai dévoré l'article jusqu'à sa fin !
Pour ma part j'accorde une grande importance à la qualité du rédactionnel... ce qui n'est pas sans poser parfois des soucis en matière de contenu ! Il m'arrive de sombrer dans le phénomène dit de la page blanche, ne sachant qu'inventer de plus pour fidéliser mes lecteurs.
Mais au final, quand l'idée vient, le reste suit et c'est là l'essentiel