27 août 2008
Le ton du wording, le style de l'accueil
Le wording, ces petits mots que nous lisons tous les jours sur les sites web, comme "s'enregistrer", "go", "acheter", a son importance dans l'expérience utilisateur. Jakob Nielsen a montré l'intérêt de respecter les standards du web. Derek Powazek, lui, prêche pour un wording plus original dans un article intitulé "Calling all designers : learn to write !" (mai 2006, A list apart).
Ce touche-à-tout, photographe, rédacteur, designer de site web, auteur du livre : "Design for Community" analyse ses impressions lors des visites sur Flickr et Photojojo. Le premier site permet de partager des photos avec ses contacts, le deuxième donne toute une palette d'idées créatives pour recycler ses meilleures photos.
Les utilisateurs de Flickr considèrent ce site comme "fun" et "friendly", amusant et convivial. Pourquoi ? se demande Derek Powazek. Il explique : "Le côté amical vient du bon vieux texte. (...) Quand vous vous identifiez, le bouton dit "Get in there" au lieu de "Submit". Quand vous uploadez une photo, joignez un groupe, ajoutez un contact, tout le texte associé est encourageant, joyeux et sympa. Cela a un impact significatif au final sur l'expérience globale utilisateur."
Quant au site Photojojo, il accueille ses visiteurs par un "Congratulations. It’s your lucky day! " Félicitation ! C'est votre jour de chance ! Sous le formulaire d'inscription, le message anti-spam ne dit pas quelque chose comme "nous ne divulguerons pas votre adresse à des tiers" mais "Nous le jurons solennellement : pas de spam, jamais." Derek Powazek raconte comment tout excité, il s'est hâté de s'inscrire.
Il conclut : les designers doivent se mettre à écrire ! Les mots sont aussi importants que les couleurs, les pixels, etc. Le texte C'EST l'interface du site. (Bon, tous les designers ne possèdent pas la polyvalence de Derek Powazek. Et ce n'est pas grave. Rien de tel qu'un bon duo désigner + rédacteur web pour créer une interface lisible et utile pour les internautes !)
Selon moi, le style du wording peut faire une grande différence sur l'expérience utilisateur d'un site web, surtout s'il s'agit d'un site communautaire. Le travail sur ce que j'appelle "le ton rédactionnel" est souvent négligé sur le web. Il permet justement d'adapter son style à sa cible pour créer une connivence avec les lecteurs.
Lire l'article complet (en anglais) : "Calling all designers : learn to write !"
Lire aussi : Le ton rédactionnel : à quoi ça sert ?
24 août 2008
Qu'est-ce que le "contenu éditorial web" ?
Le terme "contenu éditorial web" est communément employé pour décrire la masse de contenu écrit et/ou multimédia mise à disposition des internautes sur un site web. Or ce contenu et les compétences nécéssaires pour le gérer s'avèrent en réalité très différents.
Si vous parlez "contenu éditorial" à un responsable éditorial de site e-commerce, il pensera "fiches produits, articles et services supplémentaires qui sont offerts à l'internaute". Son métier en ce cas, sera d'écrire les fiches produits les plus précises, aider les acheteurs dans leur choix, imaginer quel contenu pourrait compléter utilement l'offre produit.
Un responsable éditorial de magazine en ligne pensera "informations que viennent chercher les lecteurs". Son métier à lui sera d'assurer la qualité et la fraîcheur de l'information, faire travailler une bonne équipe de pigistes, gérer sa rédaction (comme dans un journal papier ou un magazine TV) et veiller à publier un format de contenu adapté à la lecture web.
Un responsable éditorial de site communautaire web 2.0 comprendra "contenu intéressant publié par les internautes". Son rôle sera d'identifier quels sont les meilleurs commentaires ou vidéos publiés par les internautes, gérer son équipe de modérateurs et veiller à ce que les membres de la communauté participent aux forums.
Un responsable éditorial d'Intranet traduira "documents d'entreprise mis à disposition des salariés." En ce qui le concerne, l'important c'est d'informer les salariés des mouvements internes et de mettre à leur disposition les informations dont ils ont besoin pour travailler. Cela signifie souvent réécrire des documents papier, travailler en collaboration avec la RH car l'Intranet sert aussi à renforcer la cohésion des équipes.
Quant au responsable éditorial de site associatif ou de mairie, son rôle à lui sera d'informer les citoyens de ce qui se passe dans leur ville. Son site se trouve à mi-chemin entre le magazine en ligne, l'Intranet et le site communautaire.
Dans le monde réel, il y a les éditeurs de livres, les journalistes, les animateurs TV, les animateurs radios, les responsables de la communication, les employés de mairie, les concepteurs rédacteurs pub, etc. Dans le monde virtuel, toutes ces compétences se retrouvent mélangées sous une même bannière : "le contenu éditorial web". Tous les repères traditionnels se trouvent soudain brouillés sur le web.
A quand la segmentation des compétences ? Il nous reste à inventer de nouveaux termes pour décrire ces métiers et ces fonctions très distinctes.
Lire aussi : L'écrit web, courant d'air sémantique
18 août 2008
Gerry McGovern : "Le web est un endroit où l'on agit et un excellent contenu facilite l'action"
Interview exclusive de Gerry McGovern, LE spécialiste du contenu web. Original version
Le génial auteur de "Killer web content : make the sale, deliver the service, build the brand", a été décrit par The Irish Times comme "l'un des cinq visionnaires qui ont eu un impact majeur sur le developpement du web" (Les quatre autres étaient Tim O'Reilly, Vint Cerf, Tim Berners-Lee, et Nicholas Negroponte !) Il a développé plusieurs idées comme les "carewords" (les mots importants pour les clients), la théorie du "long neck" et plus récemment la "task measurement", mesurer le succès dans la réalisation d'une tâche sur un site web.
1- Comment un spécialiste des mots comme vous est passé de l'idée de "carewords" à celle de "task measurement" ? (ie. Pourquoi selon vous un site web doit se concentrer sur les tâches pour réussir ?)
J'ai réalisé que le contenu n'était pas devenu un élément productif en soi. Le contenu sur le web mène l'action parce que les gens viennent sur les sites Internet pour faire des choses. Ils ne cherchent pas simplement de vagues informations. Ils cherchent des informations pour résoudre un problème. Le web est un endroit où l'on agit et un excellent contenu facilite l'action.
2- Ici en France, de nombreux responsables de sites web ont encore du mal à considérer la qualité du contenu éditorial comme un atout majeur de succès. Comment les convaincre ?
Je pense que la seule façon de convaincre ces managers est de tester. Montrez-leur ce que fait la page A avec du contenu médiocre et ensuite, montrez-leur comment cette même page réussit avec du "killer" contenu. Entrer dans des querelles ou des discussions est une perte de temps. Vous devez montrer les faits. Le "killer" contenu délivre une grande valeur mais vous devez prouver que ces résultats sont effectivement atteints.
3- Pouvez-vous donner des exemples d'excellents sites web en terme de contenu éditorial ?
C'est un peu difficile d'arriver avec des exemples, dans le sens où le succès d'un site peut seulement être mesuré lorsqu'on l'utilise pour faire quelquechose. Un site web que j'ai utilisé récemment était eLance www.elance.com Très clair et simple, facile à comprendre. J'ai trouvé qu'il avait une très bonne page d'accueil. Et il y a aussi un très bon site web que j'utilise pour réserver mes vols d'avion : Kayak www.kayak.com Mais les sites web que j'aime sont ceux que tout le monde aime (Google, Amazon, etc.) Ils sont vraiment centrés sur le client.
Thank you for answering these questions :-)
12 août 2008
Soignez votre écriture en volume
Voici 8 petits réflexes pour parfaire vos écrits web et chouchouter vos lecteurs en ligne (si vous avez d'autres conseils à donner, n'hésitez pas à ajouter un commentaire !) :
1- Mettez-vous dans la peau de vos lecteurs. Organisez l'information autour des bons mots, c'est-à-dire les mots-clés, ceux qu'utilisent vos internautes. Pas seulement pour être bien référencé mais surtout, pour utiliser le même langage que ceux à qui vous vous adressez. Si vous parlez d'aromathérapie et que tout le monde cherche huiles essentielles, vous êtes à côté de la plaque... Personne ne vous comprendra ni ne vous trouvera (triste destinée pour un site web). Prendre le temps d'aller régulièrement discuter avec vos lecteurs sur les forums reste également un bon moyen d'être en phase avec eux.
2- Pensez chaque page comme un tout se suffisant à lui-même (à éviter : écrire une question ou une "devinette" sur la page "précédente" et donner la réponse sur la page "suivante" car les internautes peuvent arriver de n'importe où, la lecture peut se faire dans n'importe quel sens) ou comme le conseille Ange Pozzo Di Borgo "Ecrivez de manière modulaire".
3- Commencez par les informations les plus importantes et générales sur les pages d'accueil (site, rubrique). Proposez un éclairage de plus en plus détaillé à mesure que vous progressez dans les pages plus éloignées. N'oubliez pas que même ces pages moins mises en avant peuvent être accessibles directement depuis les moteurs de recherche.
4- Proposez toujours de multiples liens vers des contenus complémentaires (vidéos, pdf, liens vers d'autres sites, contenu communautaire, articles, etc.) pour permettre d'approfondir.
5- Interconnectez vos pages entre elles via les liens hypertextes, comme sur wikipédia. Voir le format article Aufeminin, très bon exemple.
6- Soignez vos intitulés. Faites-les précis, explicites afin que le lecteur sache toujours ce qu'il va trouver en cliquant dessus.
7- Ecrivez court, 50% de moins que sur un support papier. Le rédacteur web maîtrise l'art de la concision (sauf sur un blog mais là ce n'est pas pareil ;-).
8- "Last but not least" : soyez intraitable sur la qualité du contenu éditorial, ne survendez pas, délivrez les faits précis, recoupez les informations, sélectionnez soigneusement vos sources. Prenez le temps de vous promener sur le site pour vérifier que les informations sont toujours d'actualité, relisez-vous pour l'orthographe.
Enfin pour peaufiner le tout, vous pouvez toujours potasser quelques livres de références sur la question.
Lire aussi L'écrit web, courant d'air sémantique
11 août 2008
L'écrit web, courant d'air sémantique
Une des grandes nouveautés d'Internet depuis les bonnes vieilles pages de Gutenberg, c'est l'espace de lecture en trois dimensions. Ecrire pour le web ce n'est pas simplement "écrire plus court", c'est surtout écrire en volume.
Le journaliste de presse écrite ou le rédacteur traditionnel conçoivent leur texte avec une logique linéaire : le titre, l'accroche, le développement, l'image, etc. D'une certaine manière, ils maîtrisent le sens de la lecture de gauche à droite avec un début et une fin.
Le rédacteur web, lui, doit penser son texte comme une succession d'éléments accessibles depuis n'importe où sur la toile et repartant vers une multitude de contenus. L'écrit web est un courant d'air sémantique. Le rédacteur web ne sait pas d'où viendra son lecteur et sur quels liens hypertextes il voudra repartir.
Comme écrit ailleurs sur ce blog, "pour créer un contenu éditorial adapté à un site web, il s’agit surtout d’avoir conscience de l’espace disponible." Penser chaque texte comme une partie autonome d'un tout, donner à voir l'information accessible sans submerger l'internaute, c'est cela toute la spécificité de l'écriture "en volume". Cela suppose d'avoir une excellente connaissance de l'ensemble des contenus d'un site (d'où l'intérêt d'avoir un outil de gestion de contenu efficace).
Et comme nous sommes plus habitués à lire et à dérouler une pensée "linéaire", ce mode de fonctionnement ne va pas de soi. Selon moi, il faut plusieurs années d'expérience pour arriver à penser en volume. Peut-être les jeunes générations qui passent leur temps à surfer en ligne auront-elles plus de facilité (ce n'est pas que je me sente une vieille "chnoque" mais quand j'ai découvert l'Internet en 1998, j'avais déjà au moins vingt ans de lecture linéaire derrière moi...) ?
Lire aussi : Bonjour, qu'est-ce qui vous ferait plaisir ?
05 août 2008
25% des lecteurs viennent pour 5% du contenu web : lequel ?
Après des années de recherche, Gerry McGovern a développé la théorie 25:5, aussi rebaptisée théorie du long cou, "the long neck". Le principe est simple : 25% au moins des internautes viennent sur un site pour seulement 5% de son contenu.
L’irlandais a mené un long travail de recherche. Il a produit une liste de plus de 100 mots en rapport avec le tourisme pour une compagnie aérienne fictive : organiser un voyage, package vacances, aller là-bas, nuits d'hôtel, offres spéciales, choses à faire et à voir, etc.
Il a demandé à 1000 personnes dans 12 pays de scanner cette liste et de voter pour leurs mots préférés. Les 7 mots les plus votés (qui représentaient 5% de la liste totale), ont obtenu 35% des votes. En fait, le top 7 des mots-clefs, a obtenu plus de votes que les 120 derniers mots. Par la suite, ce résultat s'est trouvé validé pour de nombreux autres sites. Un petit nombre de mots obtenait toujours une proportion très importante de votes.
Conclusion : que vous soyez manager, rédacteur ou responsable éditorial, intéressez-vous de très près aux mots que préfèrent vos internautes. Car mieux vaut mobiliser ses ressources autour des 7 mots-clefs les plus demandés, plutôt que sur les 120 derniers mots...
Lire l'article complet (en anglais)
Lire l'interview exclusive de Gerry McGovern sur ce blog.



